La Parentalité
Médical·03 · Grossesse · naissance · post-partum·10 min de lecture

La santé mentale des pères

La dépression et l’anxiété peuvent aussi toucher les pères et coparents. Les repérer, les nommer et ne pas rester seul.

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Un père ou un coparent peut aller mal pendant la grossesse ou après la naissance. La souffrance ne ressemble pas toujours à de la tristesse : elle peut prendre la forme d’une irritabilité, d’un retrait, d’un surinvestissement au travail ou de consommations qui augmentent. La reconnaître permet de chercher de l’aide avant l’épuisement.

La naissance ne protège pas de la dépression

Devenir parent peut apporter de la joie et provoquer en même temps un bouleversement profond. Le manque de sommeil, la responsabilité nouvelle, les difficultés financières, l’isolement, l’histoire familiale ou un accouchement éprouvant peuvent fragiliser l’équilibre psychique.

L’Assurance Maladie rappelle que le père ou la conjointe peut présenter des symptômes dépressifs dans les mois qui suivent la naissance, notamment lorsque l’autre parent souffre également de dépression. Les études citées par l’organisme estiment que plus d’un père sur dix présente des symptômes dépressifs dans les deux mois qui suivent la naissance.

Un chiffre ne permet pas de poser un diagnostic individuel. Il rappelle surtout que cette réalité n’est ni exceptionnelle ni honteuse. On peut aimer son enfant, prendre soin de lui et avoir besoin de soins pour soi.

Des signes parfois moins faciles à reconnaître

La dépression peut associer une humeur triste, une perte d’intérêt, une fatigue inhabituelle, des troubles du sommeil ou de l’appétit, des difficultés à se concentrer, une culpabilité et une vision très négative de l’avenir. Chez certains pères et coparents, elle apparaît surtout sous une forme irritable ou agitée.

Vous pouvez avoir envie de fuir le domicile, travailler sans limite, multiplier le sport ou les écrans, boire davantage, vous mettre facilement en colère ou ne plus supporter les pleurs. Vous pouvez aussi vous sentir étranger à votre bébé, inutile face au lien entre lui et l’autre parent, ou convaincu que votre famille irait mieux sans vous.

Un seul signe un jour difficile ne signifie pas une dépression. Ce qui compte est l’ensemble, la durée, l’intensité et l’effet sur votre fonctionnement, vos relations et votre sécurité.

Des signaux à ne pas banaliser

  • Vous ne ressentez presque plus de plaisir ou d’intérêt
  • Vous vous isolez et évitez durablement le bébé ou votre partenaire
  • Vous êtes continuellement tendu, irritable ou agressif
  • Vous dormez mal même lorsque le bébé vous en laisse la possibilité
  • Votre consommation d’alcool, de cannabis ou d’autres produits augmente
  • Vous avez des crises d’angoisse ou des images de l’accouchement qui reviennent
  • Vous vous sentez incapable, coupable, inutile ou sans avenir
  • Vous pensez à disparaître, à mourir ou à faire du mal

Pourquoi certains parents se taisent

On attend souvent du coparent qu’il soit solide, disponible et reconnaissant. Dire que l’on va mal peut sembler égoïste lorsque l’autre parent récupère d’un accouchement ou traverse lui aussi une période difficile. Cette comparaison retarde parfois la demande d’aide.

Certains hommes ont appris à reconnaître la colère plus facilement que la peur ou la tristesse. Ils peuvent décrire des problèmes de sommeil, de dos, de digestion ou de concentration sans identifier la souffrance psychique qui les accompagne.

Vous n’avez pas à choisir quel parent mérite d’être aidé. Deux souffrances peuvent coexister et nécessiter des soutiens différents. La personne qui a accouché ne doit pas devenir votre seule soignante, et vous ne devez pas devenir son unique recours.

Les situations qui augmentent la vulnérabilité

Un antécédent de dépression, d’anxiété, de trouble bipolaire ou d’addiction mérite une vigilance particulière. Le manque continu de sommeil, l’isolement, les difficultés financières, les conflits de couple et l’absence de soutien peuvent aussi fragiliser les futurs et nouveaux parents.

Un parcours d’infertilité, une fausse couche, une grossesse difficile, une naissance prématurée, une césarienne en urgence, une séparation avec le bébé ou un problème de santé peuvent laisser une trace. Le coparent peut avoir eu peur pour deux personnes tout en restant silencieux pendant l’urgence.

La dépression de l’autre parent constitue également un facteur de risque. S’informer sur ses signes est utile, mais surveiller mutuellement chaque émotion ne remplace pas un professionnel.

À qui parler concrètement

Commencez par votre médecin traitant. Dites depuis quand cela dure, ce qui a changé, comment vous dormez, ce que vous consommez et si des idées de mort sont présentes. Vous pouvez apporter une note si les mots sont difficiles à trouver.

Une sage-femme ou la PMI peut également écouter les difficultés du couple et orienter le coparent. Psycom recense les professionnels et structures de santé mentale. Le dispositif Mon soutien psy permet, sous les conditions en vigueur, des séances prises en charge chez un psychologue partenaire.

Le traitement dépend de la situation. Il peut inclure du soutien, une psychothérapie, des ajustements du quotidien et parfois un médicament prescrit par un médecin. Une urgence ou un trouble sévère nécessite une prise en charge rapide et spécialisée.

Préparer le premier rendez-vous

  • Notez les symptômes, leur début et les moments où ils s’aggravent
  • Décrivez votre sommeil en distinguant les réveils du bébé et l’insomnie
  • Mentionnez franchement l’alcool, le cannabis, les médicaments et autres produits
  • Signalez les idées noires, même si vous ne pensez pas passer à l’acte
  • Parlez des antécédents personnels et familiaux de troubles psychiques
  • Expliquez les contraintes de travail, d’argent, de logement et de soutien
  • Demandez quoi faire si votre état se dégrade avant le prochain rendez-vous

Ce que l’entourage peut faire

Si vous vous inquiétez pour un père ou un coparent, partez de ce que vous observez : « Tu ne dors presque plus et tu ne sembles plus prendre plaisir à rien. Je m’inquiète. » Posez directement la question des idées suicidaires. En parler ne les provoque pas.

Proposez une aide précise : appeler le médecin ensemble, garder le bébé pendant le rendez-vous, accompagner la personne ou contacter le 3114. Ne promettez pas de garder secrète une situation où sa vie ou celle de quelqu’un d’autre est en danger.

Évitez « sois fort », « profite » ou « ta partenaire vit pire ». Une dépression n’est pas corrigée par la volonté ou la gratitude. Restez présent sans essayer de devenir le thérapeute.

Protéger le quotidien pendant les soins

Le sommeil ne guérit pas à lui seul une dépression, mais sa privation peut aggraver la situation. Cherchez des relais, organisez des plages de repos protégées et réduisez temporairement les exigences non essentielles.

Gardez un contact régulier avec une personne de confiance et suivez les rendez-vous proposés. Évitez l’alcool ou les drogues pour anesthésier les émotions, car ils peuvent accentuer la dépression, l’impulsivité et les troubles du sommeil.

La relation avec le bébé peut se construire ou se réparer pendant le rétablissement. Des soins simples, répétés et accompagnés suffisent pour reprendre confiance. Il n’est pas nécessaire d’attendre de se sentir parfaitement bien pour être présent, ni de faire semblant d’aller bien pour mériter sa place.

À retenir
  1. La dépression et l’anxiété peuvent toucher les pères et tous les coparents.
  2. La souffrance peut apparaître comme de la colère, du retrait, de l’agitation ou une consommation accrue.
  3. Aimer son enfant n’empêche pas d’être malade et d’avoir besoin de soins.
  4. Un médecin traitant est un bon premier interlocuteur, même si les symptômes semblent difficiles à expliquer.
  5. Le 3114 répond gratuitement jour et nuit en cas d’idées suicidaires ou d’inquiétude pour un proche.
  6. Demander de l’aide protège le parent, le bébé et l’ensemble de la famille.

Questions fréquentes

Comment distinguer la fatigue d’une dépression ?

La fatigue s’améliore généralement lorsqu’un repos devient possible. Une dépression associe souvent une perte d’intérêt, une humeur durablement modifiée, une culpabilité, un retrait ou des idées très négatives. Seul un professionnel peut poser le diagnostic.

Peut-on être déprimé tout en s’occupant correctement de son bébé ?

Oui. Certaines personnes continuent à travailler et à assurer les soins tout en souffrant fortement. Le niveau apparent de fonctionnement ne mesure pas à lui seul la gravité du mal-être.

Parler d’idées suicidaires risque-t-il de les provoquer ?

Non. Poser la question clairement peut au contraire ouvrir un espace de sécurité. Si la réponse est oui, restez avec la personne et contactez le 3114, ou le 15 et le 112 en cas de danger immédiat.

Puis-je consulter une sage-femme si je suis le coparent ?

Une sage-femme qui accompagne la famille peut entendre vos difficultés et vous orienter. Pour votre propre diagnostic et traitement, votre médecin traitant, un psychologue ou un psychiatre seront les interlocuteurs adaptés.

Pour aller plus loin

À lire, à écouter, à regarder

Des récits et des conversations pour reconnaître ce que vivent aussi les pères et se sentir moins seul face aux bouleversements.

Livres
  • Je suis papaYannick Vicente et Alix Lefief-Delcourt

    Un livre illustré, sensible et concret sur les émotions, les doutes et la réalité quotidienne de la paternité.

Podcasts
  • PapatriarcatCédric Rostein

    Une parole de père qui laisse de la place aux vulnérabilités, aux remises en question et à la recherche d’un autre modèle.

  • La MatrescenceClémentine Sarlat

    Des épisodes consacrés à la santé mentale périnatale, au couple et à l’identité des parents après la naissance.

Sources

Sur quoi s’appuie cet article

  1. Assurance MaladieAprès l’accouchement : baby blues et dépression du post-partum https://www.ameli.fr/assure/sante/devenir-parent/accouchement-nouveau-ne-et-retour-la-maison/baby-blues-depression-post-partum-grossesse
  2. Assurance MaladieGrossesse : bouleversement émotionnel, anxiété et dépression https://www.ameli.fr/assure/sante/devenir-parent/grossesse/difficultes-et-maladies-pendant-la-grossesse/grossesse-sante-psychique/troubles-psychiques-grossesse
  3. PsycomLa santé mentale des parents https://www.psycom.org/sinformer/la-sante-mentale/la-sante-mentale-des-parents/
  4. PsycomTroubles dépressifs https://www.psycom.org/sinformer/la-sante-mentale/les-troubles-psy/troubles-depressifs/
  5. 3114Numéro national de prévention du suicide https://3114.fr/

Cet article ne remplace pas une évaluation médicale. En cas d’idées suicidaires ou d’inquiétude pour un proche, appelez le 3114. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.