La Parentalité
Soutien·01 · Avant tout · envie, doute, refus·9 min de lecture

Peurs, projections et enfance

L’enfance que l’on a vécue influence parfois celle que l’on imagine transmettre. Des repères pour faire le tri sans se croire condamné à répéter.

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Se demander si l’on veut devenir parent réveille parfois bien plus que l’image d’un enfant à venir. L’enfance que l’on a vécue, ce que l’on a reçu, ce qui a manqué et ce que l’on redoute de répéter peuvent soudain prendre beaucoup de place. Cette histoire influence vos projections, elle n’écrit pas votre avenir à votre place.

Pourquoi cette question remue autant

Devenir parent est un changement d’identité, de relation et de mode de vie. Même avant une grossesse, l’idée peut faire apparaître des émotions contradictoires : envie et peur, tendresse et colère, enthousiasme et sensation de perdre une part de soi.

Psycom rappelle que la transition vers la parentalité peut renvoyer à des manques, des angoisses ou des peurs liés à sa propre enfance. Cela ne signifie pas que l’on est fragile ou inapte. Cela signifie qu’un projet nouveau rencontre une histoire déjà là.

Certaines personnes craignent de reproduire ce qu’elles ont subi. D’autres veulent faire exactement l’inverse de leurs parents. Dans les deux cas, l’enfance devient le seul repère. L’enjeu est d’élargir le choix : garder ce qui vous convient, laisser ce qui vous a blessé, puis inventer ce que vous n’avez jamais vu.

Les peurs les plus fréquentes

Mettre un nom sur une peur aide à voir si elle demande une information, une décision ou un accompagnement.

  • Répéter des gestes, des paroles ou un climat familial que l’on a subi
  • Ne pas aimer son enfant comme on pense qu’il faudrait
  • Ne pas savoir s’occuper d’un bébé ou poser des limites plus tard
  • Perdre sa liberté, son identité, son couple ou sa place professionnelle
  • Porter une charge injustement répartie
  • Ne pas avoir assez d’argent, de temps, de patience ou de soutien
  • Transmettre une maladie, une vulnérabilité ou une souffrance familiale
  • Faire naître un enfant dans un monde perçu comme instable ou inquiétant

Ces peurs ne prouvent ni que vous voulez un enfant, ni que vous n’en voulez pas. Elles indiquent les sujets qui ont besoin d’être regardés plus précisément.

Une peur n’est pas une prédiction

Avoir peur de répéter un comportement montre souvent que vous l’avez identifié. Cette conscience peut devenir un point d’appui, à condition de ne pas rester seul avec des souvenirs envahissants ou de croire que la volonté suffira toujours.

À l’inverse, vouloir faire tout l’opposé de ses parents peut conduire à des règles rigides. Une enfance très autoritaire peut donner envie de ne jamais dire non. Un manque d’attention peut pousser à vouloir être disponible à chaque seconde. L’intention est protectrice, mais l’extrême inverse n’est pas forcément la réponse dont un enfant aura besoin.

Vous ne serez pas un parent parfait. La sécurité se construit aussi dans la capacité à reconnaître une erreur, à réparer, à demander de l’aide et à ajuster sa manière de faire.

Faire le tri dans son héritage

Vous pouvez prendre une feuille et créer trois colonnes.

  • À garder : les gestes, les valeurs, les traditions et les façons d’aimer que vous aimeriez transmettre
  • À laisser : les paroles, les silences, les violences ou les rôles que vous ne voulez pas reproduire
  • À inventer : ce que vous auriez aimé recevoir et les ressources que vous souhaitez construire autrement

Faites l’exercice séparément, puis partagez seulement ce que chacun souhaite partager. Votre partenaire n’a pas à enquêter sur votre enfance pour comprendre vos besoins actuels.

En parler dans le couple sans devenir le thérapeute de l’autre

Écouter une peur ne consiste pas à la corriger immédiatement. Commencez par demander : « Tu veux que je t’écoute, que l’on cherche une information, ou que l’on imagine une solution ? » Cette question évite les conseils automatiques et respecte le rythme de l’autre.

Vous pouvez accueillir une émotion sans promettre l’impossible. Dire « je comprends que cela t’inquiète » est différent de garantir que tout sera facile. Soyez également attentifs aux rôles que vous imaginez. Si l’un suppose que l’autre saura naturellement s’occuper du bébé, organisera les rendez-vous ou réduira son travail, une peur apparemment personnelle peut cacher une inégalité très concrète.

Votre partenaire peut soutenir, mais ne doit pas devenir votre seul espace de soin. Certaines histoires demandent un cadre professionnel, notamment lorsqu’il existe des violences passées, un traumatisme, des souvenirs intrusifs, des crises d’angoisse ou une souffrance qui perturbe le sommeil et le quotidien.

Quand demander de l’aide

Consulter n’oblige pas à avoir un projet d’enfant et ne signifie pas qu’il faut réparer toute son histoire avant de décider. Quelques séances peuvent simplement aider à distinguer un désir personnel, une peur actuelle et une blessure ancienne.

Vous pouvez vous adresser à un psychologue, un psychiatre, un centre médico-psychologique ou votre médecin traitant. Le dispositif Mon soutien psy permet un accès direct à des psychologues conventionnés pour une souffrance psychique légère à modérée, selon les conditions de l’Assurance Maladie.

Si la détresse devient aiguë ou s’accompagne de pensées suicidaires, appelez le 3114, gratuitement, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.

À retenir
  1. L’idée de devenir parent peut réveiller des peurs liées à sa propre enfance.
  2. Être influencé par son histoire ne signifie pas être condamné à la répéter.
  3. Faire exactement l’inverse de ses parents n’est pas toujours la seule alternative.
  4. Une peur devient plus maniable lorsqu’elle est traduite en besoin concret.
  5. Le partenaire peut écouter et soutenir, mais il ne remplace pas un professionnel.
  6. Demander de l’aide avant toute décision est déjà une manière de prendre soin de soi.

Questions fréquentes

Avoir peur de reproduire ses parents signifie-t-il que je ne suis pas prêt ?

Non. Cette peur peut montrer que vous identifiez ce qui vous a blessé. Demandez-vous toutefois si elle reste une inquiétude que vous pouvez penser, ou si elle envahit votre quotidien. Dans ce second cas, un accompagnement peut vous aider avant toute décision.

Faut-il avoir réglé tous ses problèmes d’enfance avant de devenir parent ?

Personne n’arrive à la parentalité avec une histoire parfaitement réglée. L’objectif est plutôt de reconnaître ses zones sensibles, de disposer de ressources et de savoir demander de l’aide lorsque certaines situations les réactivent.

Comment aider mon partenaire qui a vécu une enfance difficile ?

Écoutez sans minimiser, demandez ce dont il ou elle a besoin aujourd’hui, respectez les limites posées avec la famille et encouragez un soutien professionnel si la souffrance est importante. Vous n’avez pas à obtenir tous les détails ni à devenir son thérapeute.

Une thérapie de couple est-elle adaptée avant même un projet de bébé ?

Oui. Elle peut servir à parler des attentes, des modèles familiaux et des désaccords avant qu’une décision soit prise. Elle n’a pas pour objectif de pousser le couple vers la parentalité.

Pour aller plus loin

À lire, à écouter, à regarder

Des récits et des regards de spécialistes pour apprivoiser ses projections et entendre d’autres façons de devenir parent.

Livres
  • Nouveaux papasGilles Vaquier de Labaume

    Des repères très concrets pour se projeter dans la paternité, depuis la grossesse jusqu’aux premiers mois.

Podcasts
  • La MatrescenceClémentine Sarlat

    Des conversations sur le bouleversement identitaire, les émotions et la santé mentale pendant le passage à la parentalité.

  • PapatriarcatCédric Rostein

    Un point de vue de père pour questionner ses héritages, ses peurs et la place que l’on souhaite prendre auprès de l’enfant.

Sources

Sur quoi s’appuie cet article

  1. PsycomLa santé mentale des parents https://www.psycom.org/sinformer/la-sante-mentale/la-sante-mentale-des-parents/
  2. PsycomSanté mentale, grossesse et parentalité https://www.psycom.org/wp-content/uploads/2024/04/PSYCOM_Brochures-A5_SM_Grossesse_2025_WEB.pdf
  3. Assurance MaladieRemboursement de séances chez le psychologue, dispositif Mon soutien psy https://www.ameli.fr/assure/remboursements/rembourse/remboursement-seance-psychologue-mon-soutien-psy
  4. 3114Numéro national de prévention du suicide https://3114.fr/

Cet article propose des repères généraux et ne remplace pas une évaluation personnelle. Si vos peurs provoquent une souffrance importante, parlez-en à un médecin, un psychologue ou un psychiatre. En cas de détresse ou de pensées suicidaires, appelez le 3114. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.