Grandes émotions dans un petit corps
Colères, refus, larmes de tempête : comprendre le « terrible two » sans y voir un problème.
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Vers deux ans, l’enfant veut agir seul alors que son langage, sa patience et sa capacité à se calmer sont encore en construction. Une crise n’est pas la preuve qu’il est capricieux ni que le parent a cédé sur tout. C’est souvent une émotion trop grande pour les moyens dont il dispose à cet instant — avec une limite qui peut malgré tout rester ferme.
Pourquoi tout devient si intense
Le jeune enfant découvre qu’il est une personne distincte. Il veut choisir, recommencer, grimper et dire non, mais dépend encore beaucoup de l’adulte. Cette tension entre désir d’autonomie et capacités limitées explique une partie des oppositions.
Il comprend davantage de choses qu’il ne peut en expliquer. La faim, la fatigue, une transition imprévue, trop de bruit ou l’impossibilité de faire seul peuvent rapidement saturer ses ressources. Une fois débordé, il n’est plus disponible pour une longue explication.
Le terme « terrible two » donne l’impression d’un enfant devenu terrible à deux ans exactement. En réalité, les colères peuvent commencer avant, se prolonger après et varier selon le tempérament, le langage et le contexte. Ce sont les compétences de régulation qui mûrissent, pas une phase à provoquer ou à redouter.
Prévenir une partie des crises
On ne supprimera pas toutes les tempêtes, mais on peut diminuer les situations inutilement difficiles.
- Maintenir des repères simples pour les repas, le sommeil et les départs sans chercher un emploi du temps militaire
- Annoncer les transitions avec des mots concrets : « encore un tour, puis nous mettons les chaussures »
- Donner deux choix acceptables : le pull vert ou le bleu, marcher jusqu’à la porte ou être porté
- Laisser du temps pour faire seul lorsque la situation le permet, puis proposer une aide précise
- Aménager l’environnement afin de ne pas prononcer cinquante interdictions dans la même pièce
- Repérer les déclencheurs récurrents — fin de journée, supermarché, bruit, faim — et ajuster l’organisation
Pendant la crise : peu de mots, beaucoup de sécurité
Commencez par sécuriser : éloignez les objets dangereux, empêchez les coups et placez-vous à proximité. Parlez lentement avec une phrase courte. Répéter calmement la même limite est plus efficace qu’ajouter des arguments à chaque cri.
Certains enfants recherchent les bras ; d’autres ne supportent pas d’être touchés lorsqu’ils sont débordés. Proposez sans imposer : « je suis là, tu veux les bras ? ». Si le contact augmente la crise et qu’il est en sécurité, restez présent à une petite distance.
Ne cherchez pas une leçon, une excuse ou une décision au sommet de la colère. Le cerveau de l’enfant n’est pas disponible pour négocier. Une fois l’intensité redescendue, l’échange redevient possible.
S’il tape, mord ou jette
Intervenez immédiatement et physiquement avec douceur pour bloquer le geste : « je ne te laisse pas taper ». Éloignez l’autre enfant ou l’objet, sans qualifier l’enfant de méchant. Il a besoin d’une limite concrète plus que d’un discours sur son caractère.
Lorsque le calme revient, montrez une autre action : taper dans un coussin, pousser le mur, dire « stop », demander de l’aide ou poser l’objet. Ces alternatives doivent être répétées de nombreuses fois avant d’être disponibles en pleine frustration.
Occupez-vous d’abord de la personne blessée. Une réparation simple peut ensuite être proposée — apporter une poche froide, reconstruire une tour — sans forcer un « pardon » que l’enfant ne comprend pas encore ou qu’il répète seulement pour sortir de la situation.
Après : retrouver le lien et apprendre
Le retour au calme ne nécessite pas un long débriefing. Nommez brièvement ce qui s’est passé, rappelez la limite et revenez à la relation : « tu étais très en colère, je n’ai pas laissé taper, maintenant nous allons boire ».
Si vous avez crié, vous pouvez réparer sans renoncer à votre rôle : « j’ai crié et cela a pu te faire peur. Je suis désolé. La prochaine fois je vais m’éloigner un instant. La règle ne change pas : je ne laisse pas taper ». L’enfant apprend aussi en voyant l’adulte assumer ses gestes.
En dehors des crises, les livres, les jeux de poupées et les situations quotidiennes permettent de nommer joie, peur, tristesse, frustration et fierté. Le but n’est pas de faire réciter les émotions, mais d’offrir peu à peu des mots à ce qui était seulement agi.
Des limites prévisibles plutôt que parfaites
Une limite est plus facile à comprendre lorsqu’elle est courte, liée à la sécurité ou à la vie commune et suivie d’une action. « Les pieds restent au sol près de la route » est plus clair qu’une menace lointaine. Si nécessaire, prenez la main ou portez l’enfant.
Tous les adultes n’emploieront pas exactement les mêmes mots. Mettez-vous d’accord sur quelques règles centrales : sécurité, coups, sommeil, écrans. Les petites différences de style ne sont pas dangereuses si l’enfant retrouve une réponse globalement prévisible et respectueuse.
Évitez d’utiliser l’affection comme sanction, d’humilier, de menacer d’abandonner ou de frapper. La peur peut arrêter un geste sur le moment, mais elle n’enseigne pas comment traverser l’émotion.
Quand en parler à un professionnel
Des colères ordinaires peuvent être très impressionnantes. Un avis est particulièrement utile lorsque :
- Les crises sont très longues, très fréquentes, inconsolables ou empêchent durablement la vie familiale et le mode de garde
- L’enfant se blesse, blesse souvent les autres ou se met régulièrement en danger malgré les aménagements
- Les réactions au bruit, au contact, aux changements ou aux frustrations paraissent extrêmes et répétées
- L’enfant communique très peu, joue peu avec les autres, répond rarement à son prénom ou perd des acquisitions
- Le sommeil, l’alimentation, l’humeur ou l’activité changent nettement et durablement
- Un parent a peur de perdre le contrôle, se sent constamment en échec ou n’arrive plus à récupérer
Le médecin, le pédiatre ou la PMI peut rechercher une douleur, une difficulté de langage, de sommeil ou de développement, puis orienter la famille si nécessaire.
Votre place de coparent
Prenez le relais avant que l’autre parent soit à bout, pas seulement après l’explosion. Un mot convenu peut signifier « j’ai besoin que tu remplaces maintenant », sans ouvrir un débat devant l’enfant.
Après une crise, ne désignez pas le parent calme comme le bon parent et l’autre comme celui qui ne sait pas faire. Analysez plutôt le déclencheur, ce qui a aidé et la manière de mieux partager les moments difficiles. La régulation de l’enfant repose aussi sur une équipe adulte soutenable.
- Une crise exprime souvent un débordement, pas une manipulation organisée contre le parent.
- Reconnaître la colère n’oblige pas à céder : l’émotion est accueillie et la limite reste ferme.
- Pendant la crise, sécurisez, réduisez les mots et adaptez le contact aux besoins de l’enfant.
- Les alternatives et les mots s’apprennent surtout après le retour au calme et dans la vie quotidienne.
- Crises extrêmes, régression, mise en danger ou parent au bord de perdre le contrôle justifient une aide professionnelle.
Questions fréquentes
Faut-il ignorer une crise de colère ?
Il n’est pas nécessaire de répondre à chaque cri ni de négocier, mais un jeune enfant débordé a besoin de sécurité et d’une présence disponible. Restez proche, avec peu de mots, tout en maintenant la limite. Adaptez le contact : certains veulent être pris, d’autres ont besoin d’espace.
Nommer l’émotion ne risque-t-il pas de renforcer la crise ?
Une phrase brève peut aider l’enfant à se sentir compris, sans supprimer immédiatement la colère. Évitez en revanche de répéter dix questions ou une longue explication lorsqu’il est submergé.
Que faire si les parents ne réagissent pas pareil ?
Accordez-vous sur quelques limites prioritaires et sur les gestes interdits. Des différences de ton ou de manière de consoler sont acceptables. Discutez des désaccords après la crise plutôt que de vous contredire longuement devant l’enfant.
Quand une colère devient-elle inquiétante ?
Consultez si les crises sont très fréquentes, prolongées, inconsolables, dangereuses ou associées à une régression, à très peu de communication ou à un changement durable du sommeil et de l’alimentation. Demandez aussi de l’aide dès qu’un adulte craint de perdre le contrôle.
Sur quoi s’appuie cet article
- Santé publique France — Soutenir la construction des premiers liens parent-enfant https://www.santepubliquefrance.fr/docs/magazinesrevues/soutenir-la-construction-des-premiers-liens-parent-enfant-la-sante-en-action-2024-numero-466
- Assurance Maladie — Souffrance psychologique de l’enfant : symptômes d’alerte https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/sante-mentale-enfant/souffrance-psychologique-de-l-enfant-symptomes-d-alerte
- Assurance Maladie — Les troubles en rapport avec le comportement de l’enfant https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/sante-mentale-enfant/troubles-en-rapport-avec-le-comportement-de-l-enfant
- UNICEF — Positive parenting tips for babies and children ages 0–5 https://www.unicef.org/asia-pacific/place-for-parents/positive-parenting-ages-0-5
- UNICEF — Your toddler’s developmental milestones at 2 years https://www.unicef.org/parenting/child-development/your-toddlers-developmental-milestones-2-years
- Ministère de la Santé — Carnet de santé de l’enfant en vigueur depuis 2025 https://sante.gouv.fr/prevention-en-sante/sante-des-populations/enfants/carnet-de-sante
Cet article décrit des repères généraux et ne permet pas de diagnostiquer un trouble du comportement ou du développement. Une douleur, une difficulté de communication, un trouble du sommeil ou une situation familiale peuvent modifier les réactions de l’enfant. En cas de doute ou de risque de violence, demandez de l’aide sans attendre.